Nous partageons tous le même défi : l’allongement de la durée de vie. C’est une formidable nouvelle, mais un casse-tête pour nos systèmes de retraite par répartition.
Face à ce défi, deux voisins européens, le Danemark et la France, viennent d’illustrer deux choix politiques radicalement opposés. Au centre de tout, une seule question : comment garantir un revenu décent à nos aînés demain ?
Le Danemark : L’anticipation et le pragmatisme
La nouvelle a fait l’effet d’une bombe : le Danemark a acté le passage de l’âge légal de la retraite à 70 ans d’ici 2040.
Cette décision peut sembler radicale, mais elle n’est pas le fruit de la panique. Le Danemark est l’un des meilleurs élèves financiers de l’Europe, avec une dette publique maîtrisée (sous les 32 % du PIB).
Alors, pourquoi une telle mesure ?
Parce que le Danemark a fait un choix politique fort il y a plusieurs années : lier l’âge de départ à l’espérance de vie. Le système s’ajuste automatiquement tous les cinq ans. Le raisonnement est simple : si nous vivons plus longtemps, nous devons cotiser plus longtemps pour maintenir le même niveau de pension.
C’est un choix d’anticipation. En agissant depuis une position de force, Copenhague ne cherche pas à combler un déficit, mais à garantir la pérennité du contrat social. Le pari est clair : travailler plus longtemps pour garantir à tous un haut niveau de revenu.
La France : La réaction sous contrainte
En France, le décor est inverse. La récente réforme portant l’âge légal à 64 ans n’a pas été adoptée par anticipation, mais sous une double contrainte :
- Le déficit imminent des caisses de retraite.
- Une dette publique écrasante (environ 110 % du PIB).
Chaque réforme française est une bataille politique et sociale. Le débat se concentre moins sur l’espérance de vie que sur la « pénibilité » ou la « juste » répartition de l’effort.
Cette approche réactive crée une incertitude majeure. Le système français, contrairement au danois, n’est pas structurellement équilibré par des mécanismes démographiques. Il dépend du courage politique à intervalles réguliers.
Le Vrai Dilemme : Les 3 seuls leviers d’un système par répartition
Le débat sur l’âge de départ cache une réalité mathématique simple. Un système par répartition n’a que trois leviers pour s’équilibrer :
- Augmenter les cotisations (salariés et entreprises).
- Augmenter l’âge de départ (la durée de cotisation).
- Baisser le montant des pensions.
La France, ayant peu de marge sur le levier n°1 (cotisations déjà très élevées) et peinant à actionner le levier n°2 (passer de 62 à 64 ans fut un conflit majeur), se rapproche dangereusement du levier n°3.
La Conséquence : L’érosion programmée de nos pensions
Le risque n’est pas un « krach », mais une érosion silencieuse et programmée du pouvoir d’achat des futurs retraités.
C’est déjà documenté. Si les générations nées dans les années 1960 pouvaient espérer un taux de remplacement net (pension vs dernier salaire) d’environ 75%, la tendance est à la baisse.
Ce que dit le Conseil d’Orientation des Retraites (COR) Selon les projections du COR, si rien ne change drastiquement, la génération née en 1980 (partant vers 2040-2045) pourrait voir ce taux chuter sous la barre des 65%, voire s’approcher des 60% pour un salarié moyen à carrière complète.
Le risque invisible : la sous-indexation
Si une société refuse de s’adapter à la démographie (levier 2), elle ne « sauve » pas ses retraités. Elle condamne les futurs retraités à un appauvrissement programmé.
La baisse des revenus de remplacement se fait de manière insidieuse :
- Sous-indexation : Les pensions n’augmentent plus aussi vite que l’inflation (le pouvoir d’achat s’érode chaque année).
- Modification des règles de calcul : On prend les 30 ou 35 meilleures années au lieu des 25, etc.
L’urgence de la responsabilité individuelle
Face à cette érosion inéluctable, l’attentisme n’est plus une option. La capitalisation individuelle, longtemps vue comme un tabou en France, devient une question de bon sens financier.
Il ne s’agit pas de remplacer la solidarité, mais de constater son impuissance à garantir seule un niveau de vie décent.
L’État a d’ailleurs implicitement reconnu ce fait. Les dispositifs comme le PER (Plan d’Épargne Retraite) ne sont pas des cadeaux fiscaux : ils sont l’aveu que le système collectif ne suffira plus.
La véritable fracture sociale des décennies à venir séparera ceux qui auront compris l’urgence de l’épargne individuelle de ceux qui dépendront d’une pension publique structurellement insuffisante.
Conclusion : Anticiper pour ne pas subir
Le Danemark a choisi le « coût » de l’allongement de la vie active. C’est un choix difficile, mais transparent.
La France, en privilégiant des ajustements minimes, prend le risque d’un « coût » bien plus insidieux : celui de ne plus pouvoir garantir à la génération qui travaille aujourd’hui un niveau de vie décent dans les années à venir !
Ainsi, en France, la question n’est plus si nous devons nous adapter, mais comment. L’anticipation individuelle devient donc la clé!